«À grand roi, grande ville»


On pourrait compléter cet adage d’Ibn Khaldoun, historien et sociologue arabe du XIVème siècle, par « A nouvelle dynastie, nouvelle ville ». Pour des raisons politiques et afin d’imposer son autorité, toute nouvelle entité au pouvoir se doit de montrer un changement, que ce soit dans la manière de gouverner,  dans le choix des ministres ou dans l’étiquette imposée à la cour.

Changer de capitale, et par conséquent, déplacer tout un gouvernement, une cour et sa suite est donc un acte politique fort.

Une ville nouvellement choisie pour être le centre de la vie politique devant refléter la puissance du gouvernement qui y vit, c’est une formidable raison pour l’embellir, construire des monuments, des palais et des mosquées dont le raffinement et la richesse ne doivent pas être égalés. 

 

Il existe quatre villes impériales au Maroc, possédant chacune sa personnalité propre suivant sa région, sa population et son histoire.

 

 

Fès

Fès fut fondée en 789 par Idrîss 1er, descendant du prophète Muhammad et considéré comme étant le premier monarque du Maroc. Connue aujourd’hui pour être la capitale culturelle et spirituelle du royaume, on trouvera à Fès la plus grande et ancienne médina du monde arabe. Son style architectural est inchangé depuis le XIIème siècle, ce qui lui a valu d’être inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

La médina de Fès, aussi appelée Fès el Bali, témoigne de ce passé prestigieux et l’on peut y visiter les souks, tombeaux, mosquées et medersas (écoles coraniques) que l’on trouve traditionnellement dans les médinas du Maroc. Il est très agréable de se perdre dans le dédale des ruelles parsemées de jardins et de pièces d’eau. Ses bâtiments sont richement parés et le bleu profond est le symbole de Fès.

 

Le climat y est méditerranéen, mais rafraîchi par l’air du Moyen Atlas dont les premières neiges sont situées à 60 kilomètres à peine de la ville. Le voyageur appréciera les températures douces du printemps et de l’automne de 25°C à 30°C en journée.

Marrakech

Marrakech devint la capitale du Maroc sous le Roi Abu Bakr Ibn Omar de la dynastie des Almoravides au début du XIème siècle. Aussi appelée la ville ocre à cause de la couleur de ses bâtiments, Marrakech devint rapidement la capitale culturelle et religieuse du pays, héritage que l’on retrouve encore aujourd’hui en visitant la vieille ville.

Les vestiges de ce glorieux passé sont nombreux.

On y trouvera des monuments tels que la mosquée de la Koutoubia construite au XIIème siècle après JC, les tombeaux des Saadiens, le palais Bahia, mais aussi des jardins comme ceux de l’Agdal et de la fameuse Palmeraie.

Comme à Fès, les visiteurs aimeront se perdre dans les ruelles de la médina où travaillent près de 40 000 artisans, preuve de l’authenticité de ce lieu toujours très vivant malgré une forte affluence touristique, et dans le Mellah, l’ancien quartier juif de Marrakech. 

 

Comme à Fès, les périodes les plus agréables pour visiter Marrakech sont entre mars et juin, puis entre septembre et novembre. En hiver la température y est fraîche le matin (en moyenne 7°C) mais remonte rapidement jusque 20°C dans la journée avant de baisser à nouveau en soirée. Les neiges des cîmes de l’Atlas sont visibles de novembre à avril et offrent un panorama insolite.

Rabat

L’histoire de Rabat est étonnante. Cette ville fut construite par la dynastie des Almohades en 1150 et devint, de par sa proximité, la base de départ des expéditions Almohades vers l’Espagne et l’Andalousie. Un siècle plus tard les Mérinides, nouvellement installés au pouvoir, décidèrent de déplacer leur capitale à Fès.

Rabat périclita et fut abandonnée par sa population. On rapporte même qu’au début du XVème siècle, seules une centaine de maisons étaient habitées et le reste de la ville en ruines. C’est avec l’expulsion par Philippe III de 13 000 morisques d’Espagne qui trouvèrent refuge dans la ville abandonnée que Rabat renoue avec son destin prestigieux.

La visite de Rabat nous emmène vers la Tour Hassan, vestige de la mosquée inachevée commandée par Yacoub el Mansour qui la voulait la plus grande du monde musulman.

La Kasbah des Oudayas, était à l’origine une forteresse construite pour se protéger des tribus avoisinantes (et principalement les Berghouatas). Elle fut désertée après les Almohades, et c’est ici que les morisques expulsés d’Espagne s’installèrent pour lui redonner vie. Les bâtiments y sont d’un blanc immaculé et d’un bleu très vivace qui peuvent rappeler certaines vieilles villes espagnoles.

Les remparts Almohades et la porte Bab el Kébir sont impressionnants.

La nécropole de Chellah est également un endroit à visiter, bâtie sur les ruines d’une ancienne cité romaine dont on peut encore visiter les ruines, elle abrite des salles funéraires, un minaret et un oratoire, ainsi qu’un Oasis très apprécié pour la sérenité qui y règne, seulement perturbée par le claquement des becs des cigognes qui y vivent naturellement.

 

À Rabat, les quatre saisons sont très marquées. Les hivers sont relativement frais (jusqu’à 5°C), humides et il arrive qu’il neige. Au printemps, le Chergui (vent du désert) souffle et adoucit les températures hivernales. Quand aux étés, ils sont chauds mais ne dépassent que très rarement les 35°C.

Meknès

Meknès doit son nom à la tribu berbère fondatrice de la ville, les Meknassa. Ville Impériale depuis le règne de Moulay Ismaïl de la dynastie des Alaouïtes qui en fit sa capitale, elle est inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis 1996.

Roi bâtisseur et guerrier, Moulay Ismaïl y fit construire des remparts d’une longueur dépassant les quarante kilomètres, parsemés de grandes portes et notamment Bab Mansour el Aleuj, porte richement ornée et monumentale, des écuries militaires, des jardins ainsi que le bassin Agdal qui les irrigue et de nombreuses mosquées, raison pour laquelle on baptisa Meknès la «Ville aux cent minarets».

Les Mérinides y construisirent avant lui de nombreuses médersas dont on peut encore visiter aujourd’hui la médersa Bou Anania qui date du XIVème siècle.

On n’oubliera pas d’aller à Volubilis, ville antique romaine d’ampleur dont on peut voir les mosaïques bien conservées et les anciens pressoirs des huileries, ainsi que des bains.

 

Le climat y est méditerranéen. Les températures ne dépassent que rarement les 35°C en été et sont au dessus de 5°C en hiver.

 

 

Sources: wikipedia, Mairie de Rabat, Maroc Météo, Unesco